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1 mars 2024Les objectifs vs le Désir
Pendant 8 ans, j’étais commerciale dans un gros groupe industriel.
Tous les mois, le premier lundi du mois en général, j’étais « conviée », ainsi que les autres commerciaux, à une réunion à notre siège social.
C’était une journée éprouvante : je me levais à 4h de matin pour prendre un avion à 6h, j’atterrissais à Orly, je devais traverser Paris pour rejoindre Saint-Ouen, et rejoindre le siège social de la société ou la réunion démarrait à 9h30 et repartir le soir, ou je rentrais vers 21h ou 22h. Bref, une journée épuisante.
L’agenda de la réunion était récurrent : accueil ; présentation de l’ordre du jour ; analyse des résultats du mois passé : point sur les nouveautés ; focus du mois à venir ; présentation des objectifs ; temps d’échange en mode questions/réponses ; conclusion ; fin de la réunion et départ.
Ce dont je me souviens, c’est ce que je ressentais au point 3, c’est-à-dire l’analyse des résultats du mois passé.
C’était la terreur : mon ventre se nouait, j’avais les mains moites, je bougeais dans mon siège, mes épaules se contractaient, j’avais un nœud dans la gorge, ma respiration était bloquée… Pourquoi? Parce qu’à ce moment-là apparaissait le tableau des réalisations sur objectifs classé par commercial.
Le nom de chacun apparaissait, avec les résultats : en vert les objectifs atteints ou dépassés et en rouge les résultats non atteints. Je me sentais à ce moment-là, jugée, classée devant mes pairs, ma hiérarchie, les membres du siège et la direction. Un moment éprouvant.
Avec l’apparition de ce tableau, c’était comme si l’univers décidait si j’étais compétente, valable ou médiocre. Et tout le monde le savait.
C’était juste horrible…
J’en ai un très mauvais souvenir
Pourtant, j’étais beaucoup plus souvent en vert qu’en rouge. Ça créait une telle angoisse chez moi, que je faisais tout pour être classée dans la case « compétente ».
Ce qui était étrange, c’est que lors de la présentation des objectifs du mois à venir, j’avais le même mal au ventre : qu’est-ce que je dois faire pour être en vert? Mon ventre se nouait de nouveau, mes épaules se contractaient, ma respiration se bloquait encore… Une obsession se mettait en place : qu’est-ce que je dois mettre en place ce mois-ci pour ne pas être considérée comme une incompétente?
Par la suite j’ai évolué dans ma carrière, j’ai intégré le siège social, les enjeux sont devenus plus importants, et les objectifs à atteindre ne cessaient d’augmenter.
Avec ces nouveaux enjeux, je me suis mis encore plus de pression, j’ai certainement moi aussi transmis cette pression et j’ai certainement mis mal à l’aise d’autres personnes… et un jour, je me suis rendu compte que je vivais un enfer. Pourtant, la société dans laquelle je travaillais se sentait vraiment concernée par le bien-être de ses salariés, et j’avais un patron et des collègues que j’appréciais beaucoup.
J’ai quitté cette société pour laquelle je travaillais depuis 20 ans, et j’ai décidé de quitter le milieu de la performance et surtout surtout, ne plus jamais me fixer d’objectif.
Je me suis formée, beaucoup, et pour vivre ma nouvelle carrière professionnelle, j’ai décidé de créer mon entreprise. Sans me fixer d’objectifs.
J’ai commencé à démarrer petit, à avancer au fur et à mesure. Je passe d’une étape à l’autre, et ma société grossit tranquillement.
Et tout ça sans me fixer des objectifs.
Mais pas sans avoir une vision. Parce que je sais où j’ai envie d’aller.
J’ai simplement décidé de remplacer mes objectifs par mes désirs. Parce que j’ai compris que les désirs sont mille fois plus puissants que les objectifs.
Un objectif, ça peut être d’atteindre tel chiffre, de faire ces X% de croissance, de représenter telle part de marché.
Alors que mon désir, c’est la raison profonde qui m’anime. Comme ce rêve d’enfant que j’ai mis de côté une fois adulte.
Un désir nous fait pétiller les yeux, ça nous fait rêver, ça nous permet d’entrevoir l’impossible et presque le toucher du bout des doigts, ça permet de voir la vie sous un angle magnifique, de rendre l’improbable probable, de saisir des opportunités encore jamais saisies, et finalement, finalement, de rendre ce rêve réel.
Avoir des désirs, ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de moments de doutes, qu’il n’y aura pas d’échecs. Avoir des désirs, ça veut dire que même dans le brouillard, ils restent accessibles.
Et en me focalisant sur mes désirs, mes objectifs tant redoutés ne deviennent que de simples étapes. Les injonctions disparaissent, et la pression qui va avec aussi. Alors si aujourd’hui vous aussi vous vous fixez des objectifs, et que vous aussi ça vous tord le ventre, interrogez-vous sur vos désirs…





